THÉRAPEUTE spécialisé Jeunes Adultes (20-35 ans)
Thérapie Brève, TCC et Hypnose pour les 20-35 ans à Paris 11ème et en Visio

Télétravail et Dépression chez les jeunes adultes

Liberté et péril mental, le paradoxe du télétravail chez les jeunes adultes

Depuis 2 ans je m'interroge sur le lien entre le télétravail et la procrastination, la perte d’élan voire la dépression chez certains jeunes adultes. Au-delà de toutes les stratégies amusantes de contournement des règles comme p.ex. l’utilisation de simulateurs d’activité de souris pour les visios, j’observe des situations absurdes comme par exemple :

  • des salariés qui travaillent dans une direction sur un projet et se rendent comptent tardivement que les priorités ont changé alors que les entreprises ont Slack, Monday, Teams et Cie.
  • des salariés qui décalent leur heure de réveil et du coup se mettent une pression de sur-rendement l’après midi
  • des salariés 100% télétravail dont les managers ne se rendent pas compte de l’absence de travail fourni pendant des mois.

Pour les 20-30 ans, le télétravail représente un paradoxe : bien qu'il soit une aspiration forte pour la flexibilité qu'il offre, il constitue également un risque de procrastination, de fatigue, et, dans le cas, où cela deviendrait systémique, avoir des répercussions sur leur santé mentale.

La Mécanique "Cause—>Conséquences" entre télétravail et dépression chez les jeunes

J’ai identifié 3 chemins principaux qui partent de la pratique du travail à distance et mènent potentiellement à la dégradation de l'état mental des jeunes actifs :

  • 1. Le sentiment de mise à l’écart qui entraîne de la perte de légitimité

Le télétravail entraîne la disparition des échanges et feedbacks informels qui permettent normalement de comprendre l'ambiance et de “sentir” s'ils sont appréciés par les collègues et la hiérarchie… C’est un peu comme si on avait retiré un des sens de sa palette de perceptions, plutôt le sens politique et social “quelle est ma place dans le collectif social et professionnel de l’entreprise”. Ne plus être physiquement présent lors des décisions ou des discussions de couloir pousse les jeunes à douter de leur place, de leur utilité et de leur légitimité au sein de l'entreprise. Ce doute mine la confiance professionnelle et installe une perte de sens. Il y a même un effet de perte de stimulation dopamine lié à l’absence de ces micro-reconnaissances de la part des managers et collègues..

  • 2. Le cycle épuisant du présentéisme digital et des rush de vrai travail

Pour compenser leur invisibilité physique, les jeunes s'imposent souvent par culpabilité ou volonté de se rassurer une disponibilité permanente pour prouver qu'ils travaillent. Il peut y avoir des cycles plus marqués entre des périodes à faible intensité de travail, culpabilisation, parfois peuplées avec des loisirs (séries, jeux vidéos) et des sortes de sprints quand il y a une tâche. La consommation de loisirs pendant les horaires de travail en réduit aussi la vertue récupératrice et le plaisir pendant les horaires de détente.

En parallèle, ce "présentéisme digital" (mails tardifs, réactivité immédiate) génère une surcharge cognitive, qui engendre du stress. Les réactions des salariés aux notifications et appels sont parfois épidermiques, d’autant plus qu’elles sont multi-device. Même quand on met son smartphone en “ne pas déranger”, les appels arrivent sur le PC.

3 Le gommage des frontières physiques vie pro/vie perso

L'absence de séparation physique entre le bureau et le salon crée un brouillage qui empêche le repos mental. Ici peut jouer aussi le facteur aggravant du logement plus exigu des jeunes. En effet, si leur logement se limite à 1 chambre (chambre chez les parents, en colocation, studio), par construction le lieu de vie/repos et de travail sont confondus. Pas de frontière, pas de transition. Ce mode de fonctionnement supprime progressivement les plages de récupération dans les transitions. Même dans le lit, le poste de travail est visible, perturbant l’expérience du repos réel. Surtout en 100% télétravail peut s’installer une sorte de bulle qui transforme une sortie du logement en zone d’effort majeur.

Parfois on parle d’un poison lent en parlant du télétravail car il s’agit bien souvent de l’effet cumulatif de stress chronique, d'anxiété et d'épuisement mental débouche sur un risque accru de burn-out et de dépression. Les jeunes de moins de 35 ans sont ainsi 56 % à avoir déjà connu une baisse d'efficacité à cause de leur état mental.

Il y a "télétravail" et "télétravail" → Pourquoi c’est plus dur et plus risqué pour les jeunes adultes

L'impact du télétravail diffère radicalement selon l'expérience préalable du modèle “travail au bureau” (aller au travail en transport, présence physique sur le lieu de travail, repas partagés..).

Les adultes habitués au bureau (Générations précédentes/Seniors) font en général l’expérience du télétravail suivante :

  • une autonomie accrue : Pour eux, le télétravail est souvent vécu comme un gain d'autonomie temporelle et une réduction des contraintes de transport.
  • le télétravail est perçu comme une modalité en option sur une base d’ancrage social existant. Ayant déjà construit leur réseau et leurs réflexes professionnels en face-à-face, ils souffrent moins de la "déconnexion" des échanges informels. Ces relations de travail existantes permettent également aux salariés plus âgés de rester à l’aise sur le mode collaboratif même en distanciel.

Pour les jeunes démarrant en télétravail (Génération Z) l’histoire est tout à fait différente :

Les jeunes font face d’abord à une absence de repères : N'ayant pas pris l'habitude du bureau, et des emplois du temps rigides, des pauses imposées ou ritualisées, ils peinent à structurer leur activité et à établir des limites saines entre travail et repos. Le café en visio est un bel exemple de fausse pause, puisqu’on reste à son poste de télétravail, on ne va pas dans le couloir ou l'ascenseur, pas de silences, pas de rencontres inattendues. C’est le continuum du travail.

Ensuite, force est de constater que les phases d’intégration en entreprise ou de prises de poste en distanciel sont à la peine → manque d'apprentissage, management de proximité insuffisant et mentorat inexistant. Le distanciel complique la transmission des savoirs. Les jeunes se retrouvent souvent sans seniors pour les guider ou les prendre "sous leur aile", car les managers sont eux-mêmes à distance et eux-mêmes pris dans un enchaînement productiviste de tâches et de visios.

C’est une banalité mais une réalité, le lieu de travail constitue un potentiel de réseau social et d’amitiés, et le télétravail ouvre la porte à un potentiel isolement. Pour un jeune dont la vie sociale est parfois moins stable (p.ex. déménagement pour un premier emploi ou amitiés faiblement développées pendant les études), l'absence de collectif physique au travail peut mener à un enfoncement sans distance dans les tâches professionnelles, favorisant un malaise.

Alors que faire?

Il y a de nombreuses solutions et expériences à faire pour reprendre, se re-connecter, recréer des frontières et aussi reconstruire sa légitimité. Une piste à explorer sur le sujet du présentéisme digital et de la légitimité. L’hypothèse sous-jacente est « Je dois prouver que je suis légitime. ». Essayez d’opérer une inversion à 180 degrés en montrant volontairement que vous ne savez pas. De manière pratique, pendant 2 semaines, posez une question “évidente” ou “simple” par jour à un collègue, même si vous pensez connaître la réponse et interdisez vous de compenser par de la surperformance.


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